vendredi 10 juin 2016

"Full screen" drawings 2013 - 2018



2018    View of the studio


                                          2014      220 x 270 cm      Charcoal on a canvas




                                           2013      216 x 270 cm      Charcoal on a canvas


2018    View of the studio  . Drawing 220 x 270 cm



 2018      220 x 270 cm      Charcoal on a canvas


2015

       2016      220 x 270 cm      Charcoal on a canvas


  2013      230 x 300 cm     Charcoal on canvas

 2014      220 x 270 cm      Charcoal on a canvas

     2014      216 x 270 cm      Charcoal on a canvas
 

      2014      220 x 270 cm      Charcoal on a canvas




Les escaliers sont en papier

L'ombre 
Il était un petit homme dont l'ombre était plus noire que celle des autres. Enfant, cela le distinguait. Un beau jour de printemps, on était sortis danser dans la chaleur du soleil, quand soudain, cette ombre si noire traversa lespace telle une barre, faisant trébucher tout le monde. Inutile de dire qu'il fut  marqué par ce coup. Devenu adulte, il  voulut toujours ressentir cette distinction. Dès que le plus mince rayon de soleil sortait des nuages, il marchait dans les rues, la tête haute, en jouissant de l'effet qu'il faisait. Un jour où son ombre était peut-être plus sombre, plus noire que jamais, il prit feu. Et c'est tout ce quon a retenu de son histoire.

La chair 
Le désir du dessin, dit Jean-Luc Nancy, c'est la ligne formée par deux lèvres qui se touchent. Là où il y a dessin, il n'y a plus de parole. Le dessin fait taire. Il y a différentes façons de laffronter. On peut suivre des lignes. Chercher le sens rhizomatique dans les branches et admirer le ciel blanc qui s’étend derrière. Enfin, on peut se noyer dans le noir de la ligne. L'élargir au lieu de l’étirer davantage. L'ouvrir. Et puis, en attendant le cri ou le chant qui pourrait surgir du noir profond de la béance, on est touché par lair. L'air, indissociable de la chair du dessin.

La surface
L'eau n'a pas de poutres, dit une expression allemande. La surface de l'eau ne porte pas celui qui ne sait pas nager. Pourtant, selon la vitesse avec laquelle un corps la rencontre, cette surface durcit, se fait impénétrable, et le choc se produit. Pour l'œil aussi, cette surface est solide, structurée par des vagues, des ombres, des reflets. On dirait que le regard se frotte à elle et, en s'y frottant, fait surgir des images. Alors, la surface de l'eau porte. Jusqu'au moment où tu te glisses dedans pour découvrir qu'en effet, toutes ces barres ne soutiennent rien. Elles appellent.

Le corps du noir – épilogue 
Katerina Christidi travaille le noir. Elle se sert des outils du peintre pour faire ses dessins. Elle les fait en grand format, sur de la toile accrochée au mur. Ses dessins ne sont pas abstraits. Ils figurent des corps. Pour certains, on dirait le corps même du dessin. Elle travaille le noir en utilisant le fusain, les traces de poussière noire, dans son atelier, en témoignent. Sa méthode : le bout-à-bout. Elle dessine, elle prend des notes sur des bouts de papier, elle récupère des images qui lui tombent dessus, reprend les notes, collant tout cela au fur et à mesure sur le mur. Puis elle se met au travail pour en faire un grand dessin. Cet ouvrage montre la «cuisine» de ces dessins et ces textes proposent une approche permettant de les expérimenter. Les dessins offrent une expérience visuelle, certes, mais aussi une expérience de narration, en nous faisant reconnaître des images étrangement familières. Autre chose, encore: ce quamène l'artiste par les dimensions corporelles, narratives, mythiques de ses dessins, cest le toucher. Ses dessins touchent le corps du noir. Ils incarnent le toucher. Il est fragile, ce corps. En s'y appuyant, on risque de se casser le bout du nez. Tendons quand même la main et laissons-nous atteindre.

Paris, Mai 2015

J. Emil Sennewald




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